Tout comprendre sur les mutilations génitales féminines en Afrique
A retenir
- Les mutilations génitales féminines concernent 230 millions de femmes et filles
dans le monde, dont 144 millions en Afrique. - Environ 4,5 millions de filles risquent de subir une mutilation génitale
féminine dans le monde en 2026, soit près de 12 000 cas par jour si les
tendances actuelles se poursuivent. (UNFPA, 2025). - 30 pays pratiquent principalement les MGF, majoritairement en Afrique
subsaharienne. - Les MGF n’apportent aucun bénéfice médical et peuvent entraîner des
complications immédiates et durables, parfois mortelles. (OMS). - Amref, 1ère ONG africaine de santé publique, s’engage à éradiquer les MGF
d’ici 2030 grâce à une approche communautaire panafricaine
Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent l’une des violations des droits
humains les plus répandues dans le monde. Elles touchent des millions de filles et de femmes. Derrière une pratique souvent présentée comme traditionnelle se trouvent des conséquences sanitaires majeures, qui affectent la santé physique, mentale et reproductive de millions de personnes.
Depuis près de 70 ans, Amref Health Africa, première ONG africaine de développement de la santé, œuvre aux côtés des communautés pour prévenir les MGF, accompagner les survivantes et faire évoluer durablement les normes sociales. Notre conviction : le changement durable vient des communautés elles-mêmes, quand elles sont écoutées, équipées et soutenues.
Mutilations génitales féminines : comprendre une pratique encore largement répandue
Chaque année, des millions de filles sont exposées à un risque pourtant évitable. Selon les
estimations des Nations Unies, les progrès réalisés restent insuffisants pour atteindre
l’objectif d’élimination des MGF fixé à l’horizon 2030.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines comme toutes les interventions consistant à retirer partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminins ou à provoquer d’autres lésions des organes génitaux féminins pour des raisons non médicales.
Ces pratiques sont généralement réalisées pendant l’enfance ou l’adolescence, souvent avant l’âge de 15 ans. Elles peuvent être effectuées par des exciseuses traditionnelles ou, dans certains contextes, par des professionnels de santé malgré l’absence totale de bénéfice médical.
Les MGF constituent une atteinte aux droits fondamentaux des filles et des femmes, notamment au droit à la santé, à l’intégrité physique et à la protection contre les violences.
Mutilations génitales féminines : définition
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations génitales féminines comme toutes les interventions consistant à retirer partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminins ou à provoquer d’autres lésions des organes génitaux féminins pour des raisons non médicales.
Ces pratiques sont généralement réalisées pendant l’enfance ou l’adolescence, souvent avant l’âge de 15 ans. Elles peuvent être effectuées par des exciseuses traditionnelles ou, dans certains contextes, par des professionnels de santé malgré l’absence totale de bénéfice médical.
Les MGF constituent une atteinte aux droits fondamentaux des filles et des femmes, notamment au droit à la santé, à l’intégrité physique et à la protection contre les violences.
Les différents types de mutilations génitales féminines
L’OMS classe les mutilations génitales féminines en quatre catégories principales :
- Type I : la clitoridectomie, qui correspond à l’ablation partielle ou totale du clitoris et parfois du prépuce clitoridien.
- Type II : l’excision, qui consiste à retirer partiellement ou totalement le clitoris ainsi
que les petites lèvres, avec ou sans ablation des grandes lèvres. - Type III : l’infibulation, forme la plus invasive, qui consiste à rétrécir l’ouverture
vaginale par rapprochement des lèvres, parfois après retrait du clitoris. - Type IV : les autres pratiques, regroupant notamment les incisions, les perforations, les scarifications ou toute autre atteinte des organes génitaux féminins réalisée à des fins non médicales.
La gravité des conséquences dépend notamment du type de mutilation pratiqué, des conditions dans lesquelles elle est réalisée et de l’accès ultérieur aux soins.
Les populations concernées
Les mutilations génitales féminines sont documentées dans 30 pays, principalement en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Asie. Les taux de prévalence varient considérablement selon les territoires. Dans certains pays comme la Somalie, la Guinée ou Djibouti, la majorité des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une MGF.
Les MGF en chiffres :
- 30 pays où les MGF sont principalement pratiquées, dont la majorité en Afrique
- 4 pays les plus touchés : Somalie (98%), Guinée (97%), Djibouti (93%), Mali (89%)
- 26 pays africains ont adopté des lois interdisant les MGF
- 18 pays où l’excision reste légale ou tolérée
Sources : UNICEF (2020), 28 Too Many (2023), dossier de presse Amref MGF 2030.
À l’inverse, les situations observées au Kenya et au Sénégal illustrent la diversité des contextes et des stratégies mises en œuvre pour prévenir cette pratique et accompagner les communautés concernées.
Les mutilations génitales féminines : des conséquences
sanitaires qui peuvent durer toute une vie
Les MGF ne sont pas de simples pratiques culturelles : elles peuvent provoquer des
complications immédiates et des séquelles durables. L’OMS rappelle qu’elles
n’apportent aucun bénéfice pour la santé et qu’elles exposent les filles et les femmes à des risques évitables.
Les complications immédiates peuvent inclure :
- des douleurs intenses ;
- des hémorragies pouvant être mortelles ;
des infections ; - des difficultés à uriner ;
- des traumatismes liés à l’intervention.
Sur le long terme, les conséquences peuvent affecter plusieurs dimensions de la santé :
- Santé gynécologique et sexuelle : douleurs chroniques, infections répétées,
difficultés lors des rapports sexuels. - Santé reproductive : complications pendant la grossesse, augmentation du risque
de complications obstétricales et d’interventions médicales lors de l’accouchement. - Santé mentale : anxiété, troubles dépressifs, stress post-traumatique et perte du
sentiment de contrôle sur son propre corps.
Selon l’OMS, les complications liées aux MGF représentent également une charge
importante pour les systèmes de santé. Leur prise en charge coûterait environ 1,4 milliard de dollars par an à l’échelle mondiale.
Pourquoi les MGF sont-elles encore pratiquées ?
La persistance de ces pratiques s’explique principalement par des normes sociales
profondément enracinées.
Dans les communautés où elles sont pratiquées, les MGF peuvent être associées à des notions de respectabilité, de pureté, de préparation au mariage ou d’appartenance
culturelle.
Plusieurs facteurs peuvent maintenir cette pratique :
- la pression exercée par la famille ou la communauté ;
- la volonté de perpétuer une tradition transmise de génération en génération ;
- la croyance erronée selon laquelle les MGF seraient nécessaires pour garantir la
moralité ou la valeur sociale d’une fille ; - la crainte qu’une fille non excisée soit rejetée ou rencontre des difficultés à se marier.
Les MGF ne sont toutefois pas imposées par une religion. Elles tirent principalement leur origine de constructions sociales et culturelles qui peuvent évoluer lorsque les
communautés disposent d’informations fiables et d’alternatives adaptées.
Le paradoxe sénégalais
Le Sénégal a adopté une loi d’interdiction des MGF dès 1999. Pourtant, plus de vingt ans plus tard, 14% des filles restent excisées au niveau national. À Sédhiou, zone
d’intervention prioritaire d’Amref, ce taux atteint 43%, soit trois fois la moyenne nationale.
Ce paradoxe illustre une réalité clé : la loi seule ne suffit pas. C’est pourquoi Amref
privilégie une approche communautaire.
Source : EDS-C Sénégal, 2017 ; dossier de presse Amref
Comment lutter contre les mutilations génitales féminines ?
- Informer et sensibiliser les communautés afin de déconstruire les croyances associées aux MGF et d’expliquer leurs conséquences sanitaires.
- Renforcer l’éducation des filles et des garçons, qui joue un rôle majeur dans l’évolution des normes sociales.
- Former les professionnels de santé, les enseignants, les travailleurs sociaux et les acteurs communautaires pour mieux prévenir les risques et accompagner les survivantes
- Faire appliquer les législations existantes, tout en développant des approches de dialogue adaptées aux réalités locales.
- Proposer une prise en charge globale des survivantes, incluant des soins médicaux, un accompagnement psychologique et un soutien social.
L’approche d’Amref : une méthode communautaire née en Afrique
Depuis 1957, Amref Health Africa co-construit le changement avec les communautés
africaines. Notre conviction : nous ne cherchons pas à imposer, mais à accompagner.
Le changement durable ne peut venir que de l’intérieur des communautés.
Notre approche repose sur 5 leviers d’action pour éradiquer les MGF en Afrique
subsaharienne d’ici 2030 :
- Développer les rites alternatifs de passage qui préservent la dimension
symbolique sans mutilation - Renforcer la société civile et le plaidoyer auprès des décideurs
- Intégrer la sensibilisation dans les systèmes éducatifs
- Mobiliser les médias en partenariat stratégique
- Utiliser les nouvelles technologies pour toucher davantage de communautés
Zoom sur le projet Devenir au Sénégal
Au Sénégal, dans la région de Sédhiou, le projet Devenir mobilise ex-exciseuses
reconverties, chefs religieux, jeunes filles et pouvoirs publics dans une démarche de
dialogue transfrontalier.
Résultats de Devenir 1 (2020-2023) :
- 150 championnes et champions formés
- 100 leaders communautaires mobilisés
- 60 soignant·es formé·e
- 15 dialogues communautaires organisés
Devenir 2 (en cours) étend l’action à 6 régions du Sénégal, avec la formation de 440 nouveaux champion·nes et l’organisation de 3 camps de réparation chirurgicale.
Amref est également membre fondateur de The Girl Generation (TGG), consortium
panafricain qui soutient plus de 82 organisations de terrain et a déjà touché plus de 60 000 personnes.
En France, Amref est également membre du réseau Excision Parlons-En et a lancé la
pétition #StopExcision, qui a réuni plus de 10 000 signatures.
Foire aux questions
Non, aucune grande religion ne prescrit les mutilations génitales féminines. Ces pratiques
sont principalement liées à des normes sociales, culturelles et familiales transmises au fil
des générations.
Oui. Les MGF sont reconnues par les Nations Unies comme une violation des droits
humains et une forme de violence fondée sur le genre. Elles portent atteinte à l’intégrité
physique et psychologique des filles et des femmes.
Non. La médicalisation des MGF ne supprime pas les risques sanitaires et ne change pas
leur nature. L’OMS considère que toute intervention visant à modifier les organes génitaux
féminins pour des raisons non médicales doit être abandonnée.
La prévention repose notamment sur le soutien aux programmes d’éducation, de
sensibilisation communautaire et d’accès aux soins. Les organisations locales et
internationales jouent un rôle important pour accompagner les communautés vers un
changement durable.