Au Burundi, la formation continue des professionnels de santé et la sécurisation de l’accès aux produits sanguins sont des leviers majeurs pour améliorer la santé de la population, la qualité des soins et renforcer durablement les systèmes de santé.
La mortalité maternelle et néonatale y est une préoccupation majeure. Le pays affiche un ratio très élevé de 334 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Le taux de mortalité néonatale s’élève quant à lui à 23 décès pour 1000 naissances vivantes. Les hémorragies lors de l’accouchement constituent d’ailleurs une urgence absolue nécessitant des transfusions sanguines. De nombreux besoins en sang sont également liés aux soins infantiles, face aux anémies sévères provoquées par la malnutrition et le paludisme.
Le projet Amagara Yacu (« Notre santé » en kirundi) vise à répondre à ces enjeux. Soutenu par l’Agence Française de Développement (AFD), et mis en œuvre par un consortium de partenaires dont Amref Health Africa, ce programme contribue à moderniser la formation des soignants et à renforcer le système national de transfusion sanguine.
Le volet d’activités dont Amref Health Africa a la charge s’articule autour de deux axes principaux : la formation continue des professionnels de santé, et le renforcement de la sécurité transfusionnelle.
Former les soignants au Burundi grâce au e-learning
Dans de nombreux contextes, l’accès à la formation continue représente un défi pour les professionnels de santé. S’absenter plusieurs jours pour suivre une formation peut fragiliser l’organisation des services. Cela est particulièrement vrai dans les établissements où les ressources humaines sont limitées.
Pour répondre à ce défi, Amref Health Africa a développé un dispositif pilote de formation hybride. Ce dispositif, conçu avec en partenariat avec l’Institut National de Santé Publique (INSP), combine apprentissage en ligne et sessions pratiques.
Pour les professionnels de santé, cette approche présente un avantage majeur : elle permet de renforcer les compétences sans s’éloigner de leur lieu de travail et ainsi réduire les discontinuités de service de santé.
« Cette formation en ligne permet aux prestataires de soins, infirmiers, sages-femmes et médecins, de suivre des cours pour renforcer leurs capacités sans toutefois s’absenter de leur service », explique le Dr Eric Manirakiza, Chargé e-learning et Responsable du volet formation pour Amref Health Africa au Burundi. « Cela permet de diminuer la vacance de poste pendant les formations ».
Dans les districts concernés, 40 professionnels de santé se forment sur sept modules techniques et cliniques. Les modules font partie de leur formation continue. La formation est certifiante.
Des salles de formation dédiées dans les centres de santé
Des salles de formation ont été aménagées dans des structures de santé de plusieurs districts sanitaires. Pour la phase pilote, le Ministère de la santé a sélectionné Ngozi, Buye et Kiremba (province de Ngozi) ainsi que Muramvya et Kiganda (province de Muramvya).
Chaque centre est équipé de huit ordinateurs et d’une connexion internet haut débit. Cela permet aux professionnels de santé participants dans chaque localité d’accéder aux outils pour se former en ligne, sans quitter leur site de travail.
Chaque apprenant a son compte formation sur la plateforme, et organise son temps d’apprentissage.
La numérisation du programme de formation
Après avoir travaillé avec l’ISNP pour valider plus de 700 pages de cours, la transformation des cours classiques en modules d’apprentissage en ligne a nécessité un travail complexe d’ingénierie pédagogique et technique, mené notamment avec l’appui de la start-up burundaise Abacu Health.
Les contenus ont été enrichis avec des schémas interactifs, des vidéos démonstratives, particulièrement utiles pour les modules liés à l’obstétrique, et des quiz d’évaluation Amref Health Africa a accompagné le processus de planification pour le choix du logiciel d’apprentissage, son architecture et son hébergement sur les serveurs sécurisés du gouvernement.
Avant même de pouvoir diffuser les cours, le projet a pallié au manque de connaissances informatiques de base d’une partie des apprenants, en organisant des sessions d’initiation à l’utilisation d’un ordinateur et d’une plateforme web.
Une formation hybride pour renforcer les compétences des soignants
La formation e-learning est complétée par des sessions de formation en présentiel pour valider les connaissances acquises en ligne et approfondir les aspects pratiques de la prise en charge des patients.
Ainsi, le dispositif hybride permet de renforcer l’ensemble un socle essentiel de compétences identifiées suite à une évaluation des besoins menées par Amref Health Africa à la demande du Ministère de la santé.
Les bénéfices pédagogiques de la formation en ligne
De nombreux apprenants témoignent de la flexibilité de ce mode d’apprentissage. Outre les sessions dans les salles dédiées, la plateforme est accessible sur téléphone mobile. Les professionnels de santé ne sont pas contraints de rester devant les ordinateurs des centres de formation. Ils peuvent suivre les cours depuis leur domicile ou sur leur lieu de travail grâce à leur smartphone. Cette flexibilité accroît fortement leur motivation.
La pédagogie est dynamisée par l’intégration de quiz interactifs (choix multiples, vrai/faux) à la fin de chaque chapitre, couplés à des pré-tests et des post-tests. Cela instaure une logique de contrôle continu qui permet aux apprenants de mesurer concrètement la progression des acquis. Pour les formateurs, l’accès à un tableau de bord permet un suivi individualisé des apprenants en temps réel. Par ailleurs, le mélange de textes, de visuels, de vidéo changent la façon d’apprendre et favorisent la mémorisation des informations et actes médicaux, ce qui rend les sessions pratiques en présentiel beaucoup plus efficaces.
Enfin, dans une logique de renforcement des systèmes de santé, le recours au e-learning garantit que chaque infirmier, sage-femme ou médecin, quel que soit son district d’affectation, reçoit exactement le même contenu standardisé et validé selon le schéma directeur du Ministère de la Santé.
Des sessions présentielles indispensables pour améliorer la pratique
Les sessions pratiques en présentiel sont obligatoires et indispensables. Elles permettent aux formateurs de vérifier concrètement l’acquisition et la maîtrise des compétences techniques par les apprenants (infirmiers, sages-femmes, médecins) avant qu’ils n’interviennent sur des patients. Pour les apprenants, elles sont l’occasion de renforcer les gestes et postures qui posent difficultés. Certaines sessions utilisent des mannequins d’apprentissage, particulièrement utiles pour pratiquer les urgences obstétricales. D’autres sessions s’appuyent sur des jeux de rôle et des simulations pour s’exercer à améliorer les soins de maternité.
Plusieurs modules visent à corriger l’approche d’accueil dans les structures de santé pour garantir un traitement plus respectueux des patients et bânir toute forme de maltraitance L’intégration du genre dans l’offre de soins fait également partie de la formation, avec un module dédié à cette notion transversale pour pallier le manque de considération de l’aspect genre dans les soins.
Le cursus de formation est strictement structuré. L’apprenant doit valider son cours théorique par un examen, puis suivre le cours pratique qui se solde obligatoirement par un examen pratique, lequel compte pour la certification finale du module.
Le suivi post-formation
Un suivi post-formation sur le lieu de travail est prévu sous forme de supervision formatives organisées directement dans les structures de santé. Ce mentorat sur site permet d’observer les soignants formés et de s’assurer que les bonnes pratiques théoriques et simulées durant la pratique s’enracinent durablement dans leur quotidien auprès des patients.
Après cette phase pilote, cette formation hybride pourrait être étendue au reste des districts sanitaires du Burundi, afin de mettre à l’échelle ce nouveau dispositif de formation continue.
Renforcer la collecte de sang et la sécurité transfusionnelle
Le second volet d’activité concerne le renforcement du système national de transfusion sanguine. Cet enjeu est majeur pour la prise en charge de nombreuses urgences médicales et réduire la mortalité maternelle et infantile au Burundi.
Les actions menées dans le cadre du projet contribuent déjà à renforcer l’ensemble de la chaîne transfusionnelle.
« Le projet est venu appuyer tout ce processus, de la veine du donneur à la veine du receveur », explique Nicodème Ndikumana, Responsable du volet transfusion sanguine pour Amref Health Africa. « Il y a toute cette logistique de la collecte, le transport et le personnel soignant qui est formé… In fine, c’est pour sauver des vies ».
Au Centre Provincial de Transfusion Sanguine (CPTS) de Ngozi, les équipes assurent la collecte, l’analyse et la distribution des produits sanguins dans des conditions dégradées. L’infrastructure étroite et usée, et l’équipement vétuste, ne répondent plus à l’augmentation de la demande dans la province.
Pour améliorer les conditions d’accueil et renforcer les capacités de collecte, le projet Amagara Yacu inclut la construction d’un nouveau centre de transfusion sanguine. Cette activité est organisée par Amref Health Africa au Burundi. D’ici peu, la structure sera raccordée au réseau d’eau et d’électricité, et complètement équipée, permettant d’offrir de nouveaux services à la population dans les meilleures conditions.
Dans ce volet d’activités, Amref appuit le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) dans l’organisation de campagnes de sensibilisation et de collecte de sang, qui constituent un axe majeur du projet pour garantir la disponibilité et la sécurité des produits sanguins. L’objectif principal est de se rapprocher de la norme de l’OMS qui recommande un minimum de 10 dons de sang pour 1000 habitants par an pour assurer l’autosuffisance du pays.
Pour faciliter ces activités, le projet a notamment permis de renforcer la logistique pour la collecte mobile dans les zones reculées en fournissant des véhicules spécialisés au CNTS.
Vers un système de santé plus résilient au Burundi
Au-delà des actions menées au plus près des patients et des soignants, le projet Amagara Yacu contribue également à renforcer les cadres institutionnels. Il permet aussi de développer les capacités des partenaires nationaux.
« Le grand succès du projet, c’est la mise en place du cadre réglementaire et l’outillage des partenaires sur les deux volets, la transfusion sanguine et la formation continue », souligne Roderik Gross, Coordinateur du projet Amagara Yacu.
Ces avancées constituent une base importante pour assurer la durabilité des initiatives mises en place.
Alors que la première phase du projet arrivera à son terme en juin 2026, les partenaires travaillent désormais à la consolidation des acquis. Ils réfléchissent également à la pérénisation des actions et outils mis en oeuvre.
En renforçant les compétences des professionnels de santé et les infrastructures essentielles, le projet Amagara Yacu contribue à consolider les bases d’un système de santé plus résilient au Burundi.
Pour en savoir plus sur le projet Amagara Yacu : https://www.amref.fr/projet/amagara-yacu/