📷Jane Nkoitai, sa sœur et leur mère, Lucy Ntii Siswa, à Kajiado, au Kenya. Le parcours de Jane témoigne de son courage face aux mutilations génitales féminines (MGF), une pratique profondément ancrée dans sa communauté.
Crédit photo : Amref Health Africa / Wesley Koskei
A retenir :
- La proportion de femmes âgées de 15 à 49 ans ayant subi une mutilation génitaleféminine est passée de 38 % en 1998 à 15 % en 2022 (Kenya Demographic and Health Survey (KDHS).
- Les mutilations génitales féminines concernent principalement des filles avant l’âge de 15 ans et peuvent entraîner des conséquences physiques, psychologiques et obstétricales durables.
- Le Kenya a interdit cette pratique en 2011, mais certaines communautés continuent de la perpétuer, notamment dans des zones rurales où les normes sociales restent fortement ancrées.
Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent une atteinte grave aux droits fondamentaux des filles et des femmes. Au Kenya, les progrès réalisés ces dernières décennies témoignent de l’efficacité des actions de sensibilisation et de prévention, mais plusieurs milliers de filles restent encore exposées à cette pratique.
Les mutilations génitales féminines : une atteinte à l’intégrité physique des filles et des femmes
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les mutilations génitales féminines désignent toutes les interventions consistant à retirer partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminins ou à provoquer d’autres lésions des organes génitaux féminins pour des raisons non médicales.
Elles ne présentent aucun bénéfice pour la santé et peuvent provoquer des complications immédiates ou à long terme.
Les MGF sont généralement pratiquées sur des filles mineures, souvent avant l’âge de 15 ans.
L’OMS classe les MGF en 4 types principaux, allant de la clitoridectomie à l’infibulation. Pour une définition détaillée de chaque type, consultez notre dossier complet sur les mutilations génitales féminines.
Ces pratiques sont reconnues comme une forme de violence fondée sur le genre et comme une violation des droits humains, notamment du droit à la santé, à l’intégrité physique et à la protection contre les traitements cruels ou dégradants.
L’expérience kényane inspire d’autres pays africains dans leur lutte contre les MGF. Découvrez par exemple l’action d’Amref au Sénégal via le projet Devenir.
Les mutilations génitales féminines au Kenya : une pratique en recul mais toujours présente
Le Kenya figure parmi les pays africains où la prévalence des MGF a le plus reculé au cours des dernières décennies.
D’après l’enquête démographique et de santé du Kenya (Kenya Demographic and Health Survey, KDHS) de 2022, 15 % des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi une mutilation génitale féminine, contre 38 % en 1998.
Cette évolution traduit plusieurs décennies d’engagement des autorités publiques, des organisations locales et des acteurs de santé. Toutefois, les chiffres nationaux masquent de fortes disparités selon les communautés et les régions.
Certaines populations restent davantage concernées, notamment dans le nord et l’est du pays. Une analyse fondée sur les données du KDHS 2022 met en évidence une prévalence très élevée dans certaines communautés, avec des taux pouvant dépasser 80 % chez les femmes somali kényanes.
Des conséquences graves sur la santé des filles et des femmes
Les mutilations génitales féminines n’apportent aucun bénéfice médical et peuvent entraîner de nombreuses complications immédiates (douleurs, hémorragies, infections) et durables (douleurs chroniques, complications obstétricales, troubles psychologiques). Elles limitent également l’autonomie des filles et compromettent leur accès à l’éducation et à la santé reproductive.
Pour un panorama complet des conséquences des MGF, consultez notre article sur les MGF.
La lutte contre les mutilations génitales féminines au Kenya : une approche communautaire
Le Kenya a adopté une loi interdisant les mutilations génitales féminines en 2011, connue sous le nom de Prohibition of Female Genital Mutilation Act (« Loi d’interdiction des mutilations génitales féminines »).
Cette législation criminalise la pratique, l’organisation, la facilitation ou même le simple fait d’y assister, avec des peines pouvant aller jusqu’à 7 ans d’emprisonnement. Une Anti-FGM Board, autorité gouvernementale dédiée, a été créée pour coordonner la lutte au niveau national. (Source : Prohibition of Female Genital Mutilation Act No. 32 of 2011, gouvernement du Kenya)
Cependant, la seule interdiction juridique ne suffit pas à faire disparaître une pratique profondément liée aux normes sociales. Les stratégies de prévention des MGF au Kenya sont donc les suivantes :
- L’éducation des filles et des garçons, afin de renforcer les connaissances sur les droits humains et la santé ;
La sensibilisation des communautés, notamment auprès des leaders locaux, des familles et des autorités traditionnelles ; - L’accompagnement des survivantes, grâce à des services médicaux et psychosociaux adaptés ;
- Les rites de passage alternatifs (RPA), développés notamment par Amref au Kenya, qui permettent de préserver la dimension symbolique du passage à l’âge adulte sans recourir à la mutilation.
L’action d’Amref au Kenya
Née au Kenya en 1957, Amref Health Africa est la première ONG africaine de santé publique. Depuis sa création, elle mobilise les communautés kényanes pour transformer les normes sociales de l’intérieur.
Au Kenya, Amref est particulièrement engagée auprès des communautés massaï et samburu, historiquement touchées par les MGF. Notre approche repose sur les rites de passage alternatifs (RPA), l’éducation des filles, la formation des Champion·nes et le dialogue avec les leaders communautaires.
Derrière ces actions, il y a des visages :
- Jane Nkoitai, militante kényane qui a échappé à l’excision et anime aujourd’hui des clubs de sensibilisation.
- Sabina Lakara, qui a refusé la pratique et s’engage pour protéger les jeunes filles de sa communauté.
- Nice Leng’ete, activiste kényane emblématique dont l’action au sein d’Amref a permis de sauver plus de 15 000 filles de l’excision
Ces parcours illustrent la conviction d’Amref : le changement durable vient des communautés elles-mêmes, quand elles sont écoutées, équipées et soutenues.
Foire aux questions
Quelle est la situation actuelle des mutilations génitales féminines au Kenya ?
Les MGF restent une réalité au Kenya, avec des écarts importants selon les communautés et les zones géographiques. Les données nationales montrent néanmoins une tendance générale à la baisse depuis plusieurs décennies.
À quel âge les filles subissent-elles généralement une mutilation génitale féminine ?
Les MGF sont principalement réalisées pendant l’enfance ou l’adolescence, souvent avant l’âge de 15 ans.
Les mutilations génitales féminines sont-elles liées à une religion ?
Non. Les MGF ne sont pas une obligation religieuse. Au Kenya, une grande majorité des personnes interrogées ne considèrent pas que leur religion ou leur culture exige cett pratique.
Les mutilations génitales féminines sont-elles interdites au Kenya ?
Oui. Le Kenya a adopté une législation nationale interdisant les MGF en 2011. Malgré cette interdiction, certaines pratiques clandestines persistent dans certaines communautés.
Comment mettre fin aux mutilations génitales féminines ?
L’abandon durable des MGF nécessite une action combinant prévention médicale, éducation, autonomisation des filles, soutien aux survivantes et mobilisation des communautés locales.
