Face à l’urgence climatique et épidémique, l’Afrique de l’Est ne veut plus seulement réagir : elle veut anticiper. Le 2e Sommet régional sur la sécurité sanitaire mondiale (EARGHSS 2026) s’est achevé à Nairobi sur une ambition claire : bâtir une défense sanitaire souveraine, portée par l’innovation et la fabrication locale.
Un constat d’urgence : briser la dépendance
Mpox, Ebola, polio : les crises ne s’arrêtent pas aux frontières. Si la pandémie de COVID-19 a servi d’électrochoc, les chiffres de l’OMS restent un rappel brutal de l’asymétrie mondiale. L’Afrique supporte 25 % de la charge mondiale de morbidité avec seulement 3 % de la force de travail médicale. D’ici 2030, il pourrait manquer 6,1 millions de professionnels de santé sur le continent. Comme dans d’autres régions du continent, les systèmes de santé d’Afrique de l’Est sont sous haute tension.
Pour Amref Health Africa, partenaire clé du sommet, la sécurité sanitaire ne peut plus dépendre d’approvisionnements extérieurs fragiles ou de la charité internationale. Le thème de cette année, « Catalyser la collaboration et la fabrication locale », s’inscrit directement dans le Nouvel Ordre de Santé Publique porté par l’Africa CDC : une vision où l’Afrique produit ses propres vaccins et s’autonomise financièrement pour sécuriser sa santé.
Trois jours pour transformer le modèle
Le sommet a suivi un itinéraire stratégique pour concevoir un système de santé complet, intégrant aussi bien la formation que la production industrielle :
- Le leadership par la formation : Les travaux ont débuté à l’Amref International University (AMIU). Ici, nous avons rappelé que le secteur de la santé ne vaut que par les femmes et les hommes qui l’animent. Le digital s’impose comme un levier stratégique pour répondre aux besoins massifs de formation et renforcer la résilience des équipes de terrain face aux nouveaux défis sanitaires.
- La production locale comme bouclier : La sécurité sanitaire régionale ne peut plus reposer sur la seule solidarité internationale. Le sommet a mis en lumière l’urgence de produire localement les médicaments essentiels (antibiotiques, antipaludiques) et les vaccins de nouvelle génération. Pour y parvenir, l’EARGHSS 2026 appelle à lever les verrous réglementaires, notamment via l’harmonisation des procédures de l’Agence Africaine du Médicament (AMA). L’objectif est de réduire de 70 % la dépendance aux importations médicales d’ici 2030.
- Le passage au capital : Parce que les déclarations d’intention ne soignent personne, la clôture du sommet a marqué un tournant vers la mobilisation financière souveraine. L’enjeu ? Structurer des plans d’investissements pilotés par des capitaux africains, via des Partenariats Public-Privé (PPP) et des mécanismes d’achats groupés régionaux garantissant un marché aux industriels locaux.
Des voix fortes pour un changement systémique
Le sommet a été porté par des figures dont l’expertise est indissociable du terrain. La Pr Monique Wasunna, ambassadrice pour l’Afrique de l’initiative DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative), a martelé que la sécurité sanitaire mondiale ne pouvait être partielle :
« On ne peut pas construire une forteresse sanitaire sur des sables mouvants. Tant que les maladies négligées continueront de fragiliser nos communautés, nos systèmes resteront vulnérables. »
Le Dr Githinji Gitahi, Group CEO d’Amref Health Africa, a résumé cette rupture de paradigme par une image forte :
« Si nous voulons des systèmes de santé résilients, nous devons arrêter de « passer la serpillière » pendant que le robinet fuit. Investir dans la production locale et la souveraineté sanitaire, c’est enfin réparer le robinet. L’Afrique ne doit plus être la dernière servie ; elle doit devenir son propre premier répondant. »
Ce plaidoyer a résonné aux côtés de celui du Dr Ouma Oluga, Secrétaire principal kényan, rappelant que l’indépendance de l’Afrique passera par sa capacité à fabriquer ses propres dispositifs médicaux, des seringues aux flacons de pointe.
Des stratégies ancrées au cœur des communautés
Amref Health Africa ne se contente pas d’accompagner les politiques publiques ; elle s’assure que ces stratégies de haut niveau s’enracinent dans la réalité du terrain. Avec 70 ans d’expertise, notre rôle est celui d’un trait d’union : transformer les engagements institutionnels en solutions de santé concrètes, co-construites avec, pour et par les populations africaines.
En 2024, nous avons formé 54 000 professionnels de santé. En accueillant ce sommet, nous réaffirmons notre mission de catalyseur : veiller à ce que la souveraineté sanitaire bénéficie prioritairement aux femmes, aux filles et aux jeunes, piliers de la stabilité et de l’avenir du continent.
La sécurité sanitaire de demain ne se décrète pas, elle se bâtit. L’Afrique ne cherche plus de solutions préconçues ; elle conçoit son propre avenir. Chez Amref Health Africa, nous sommes fiers de soutenir cette transformation en plaçant chaque communauté au centre du dispositif, pour que les engagements pris se traduisent en une protection durable pour la santé de tous.
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Site officiel du EARGHSS 2026 : https://www.ghssafrica.org/