Le 16 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché le plus haut niveau d’alerte au sens du Règlement sanitaire international. L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo et en Ouganda est déclarée Urgence sanitaire publique d’intérêt international (PHEIC).
Ce signal d’alarme ne signifie pas que le monde est au bord d’une pandémie, comme nous l’avons vécu lors de Covid-19. Mais il traduit une inquiétude sérieuse : la propagation est rapide, les systèmes de santé locaux sont fragiles, et le virus touche désormais des zones urbaines, avec des décès et des centaines de cas détectés de part et d’autre d’une frontière internationale. Le bilan s’alourdit de jour en jour.
Une souche inconnue, sans vaccin ni traitement spécifique
Ce qui distingue cette épidémie des précédentes, c’est la nature du virus en cause. Il ne s’agit pas de la souche Zaïre, contre laquelle des vaccins existent et ont fait leurs preuves, mais de la souche Bundibugyo, identifié pour la première fois en 2007 dans l’ouest de l’Ouganda.
Ce variant est rare. En près de vingt ans, il n’a été à l’origine que d’une poignée d’épidémies. Et contrairement au variant Zaïre, aucun vaccin autorisé ni aucune thérapie ciblée n’existe aujourd’hui contre lui.
Les soins disponibles restent avant tout des soins de soutien : réhydratation, stabilisation des fonctions vitales, surveillance intensive. Dans les épidémies précédentes causées par ce même variant, le taux de mortalité a oscillé entre 25 % et 40 %. Des chiffres qui rappellent à quel point la rapidité de la réponse est déterminante.
Le personnel soignant : en première ligne, et en danger
Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Cela signifie que les médecins, les infirmières, les agents de santé communautaires et les proches aidants sont parmi les personnes les plus exposées.
Dans des contextes où les équipements de protection font défaut, où les laboratoires de diagnostic sont rares et où les chaînes d’approvisionnement sont fragiles, protéger le personnel soignant devient une priorité absolue — non seulement pour eux, mais pour l’ensemble des communautés qu’ils servent.
Contenir Ebola exige bien plus qu’isoler les malades. Cela nécessite des équipements de protection adaptés, une formation continue du personnel, des capacités diagnostiques locales, un traçage rigoureux des contacts, et des systèmes de surveillance opérationnels. Quand l’un de ces maillons manque, c’est tout le dispositif qui s’affaiblit.
Renforcer les systèmes de santé : la seule réponse durable
Cette épidémie n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une réalité que nous connaissons bien chez Amref : les crises sanitaires se succèdent. Ebola, Marburg, choléra, Mpox, COVID-19… Chacune de ces épidémies a mis à rude épreuve des communautés et des systèmes de santé déjà sous tension. Et les effets croissants de la crise climatique — sécheresses, inondations, déplacements de populations — ne font qu’aggraver ces vulnérabilités.
Depuis près de 70 ans, Amref Health Africa travaille avec les gouvernements africains, les communautés locales et les institutions régionales pour construire des systèmes de santé capables de prévenir les crises, de les détecter tôt et d’y répondre efficacement.
Depuis Kampala, Patrick Kagurusi, Directeur pays d’Amref Health Africa en Ouganda, résume clairement les priorités du moment :
« Les priorités sont la communication des risques et l’implication communautaire, la surveillance de la santé dans les districts frontaliers, la formation du personnel de santé et la continuité des services essentiels. Notre principal défi aujourd’hui est le manque de ressources financières pour intervenir. »
Sur le terrain, nos équipes travaillent à :
- Renforcer les capacités diagnostiques et les systèmes de laboratoire locaux
- Former les agents de santé en première ligne face aux épidémies
- Mobiliser les communautés et améliorer la communication des risques
- Renforcer la surveillance sanitaire dans les zones frontalières à risque
- Maintenir la continuité des services essentiels — consultations, vaccinations, suivi maternel — même en période de crise
- Améliorer la prévention des infections, l’hygiène et l’accès aux soins de base
La santé en Afrique nous concerne tous
Les épidémies ne s’arrêtent pas aux frontières. Géographiquement, des cas ont déjà été détectés des deux côtés de la frontière entre la RDC et l’Ouganda. C’est aussi vrai économiquement et politiquement : quand la coopération internationale se fragilise, quand les systèmes de santé locaux manquent de ressources, c’est le risque global qui augmente. Les coupes drastiques des budgets de l’aide publique au développement ont laissé des populations vulnérables plus exposées face aux maladies.
L’expérience d’Amref dans la réponse à Ebola en Ouganda et en Guinée, comme dans d’autres urgences sanitaires récentes, nous a appris une chose : investir dans la prévention et dans des systèmes de santé solides coûte infiniment moins cher, en vies humaines et en ressources, que de gérer une crise une fois qu’elle a éclaté.
La sécurité sanitaire mondiale ne se construit pas dans l’urgence. Elle se construit jour après jour, avec les communautés, dans les dispensaires, dans les laboratoires, dans les salles de formation.
C’est ce travail de fond qu’Amref mène depuis près de 70 ans. Et c’est ce travail qui fait la différence quand une épidémie commence.
Les soignants de première ligne et les familles vulnérables face à Ebola ont besoin de vous.
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