Face à l’aggravation des impacts du changement climatique sur la santé des populations, des responsables africains réunis à New York ont lancé un appel clair : il est temps de passer des plans aux financements pour renforcer durablement les systèmes de santé du continent.
À l’occasion d’une table ronde organisée par Amref Health Africa et Seed Global Health en marge de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, représentants gouvernementaux, institutions financières, organisations philanthropiques et experts de santé publique ont souligné l’urgence d’investir davantage dans l’adaptation des systèmes de santé aux effets du changement climatique.
Le changement climatique est aussi une crise sanitaire
Vagues de chaleur, sécheresses prolongées, inondations, insécurité alimentaire et propagation de maladies : les conséquences du changement climatique affectent déjà la santé de millions d’Africains. Pourtant, le secteur de la santé continue de recevoir une part limitée des financements internationaux dédiés à l’adaptation climatique.
Pour les participants à la rencontre, les enjeux climatiques ne peuvent plus être traités séparément des enjeux de santé. Renforcer la résilience des structures sanitaires constitue aujourd’hui une priorité essentielle pour protéger les communautés les plus vulnérables.
Une question de justice climatique
Selon Dr Githinji Gitahi, Président-Directeur général d’Amref Health Africa, la réponse africaine doit s’appuyer sur le principe de justice climatique. Les pays africains figurent parmi les plus touchés par les conséquences du réchauffement climatique alors qu’ils sont responsables d’une part très faible des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Trois priorités ont été mises en avant :
- accélérer la réduction des émissions dans les pays les plus pollueurs ;
- permettre aux économies africaines de poursuivre leur développement grâce aux énergies renouvelables ;
- investir immédiatement dans l’adaptation afin de protéger les populations des impacts climatiques déjà visibles.
Dans cette dynamique, Amref Health Africa poursuit également ses efforts pour mobiliser des ressources auprès du Green Climate Fund et renforcer la production de connaissances grâce à son nouveau laboratoire de recherche et de politiques climatiques au sein d’Amref International University.
Des solutions déjà à l’œuvre sur le continent
Les représentants de plusieurs pays ont présenté des initiatives concrètes démontrant que les solutions existent déjà, mais qu’elles doivent désormais être déployées à plus grande échelle.
En Sierra Leone, des centaines de centres de santé ont été équipés d’installations solaires afin de garantir la continuité des soins et de renforcer les services d’urgence.
La Zambie investit dans des systèmes de surveillance des maladies et d’alerte précoce intégrant les données climatiques, tandis que le Kenya développe des établissements de santé alimentés par l’énergie solaire et renforce le rôle des agents de santé communautaires.
En Éthiopie, les autorités ont souligné la nécessité de mieux anticiper les risques sanitaires liés aux phénomènes climatiques extrêmes et aux maladies émergentes. Le pays accueillera la COP32 en 2027 à Addis-Abeba, une opportunité stratégique pour porter les priorités africaines à l’échelle internationale.
Combler le déficit de financement
Les participants ont rappelé que la plupart des pays africains disposent désormais d’évaluations des risques climatiques et de plans d’adaptation pour la santé. Le principal défi réside désormais dans la capacité à transformer ces stratégies en programmes financés, opérationnels et durables.
Ils ont notamment plaidé pour :
- un accès accru aux financements climatiques internationaux ;
- des investissements concessionnels adaptés aux besoins des pays ;
- un accompagnement technique pour permettre aux ministères de la Santé de présenter des projets bancables ;
- une meilleure coordination entre gouvernements, bailleurs et partenaires du développement.
Construire l’avenir de la santé résiliente au climat
Les discussions se sont conclues sur un message commun : les priorités sont identifiées, les solutions existent et les gouvernements africains sont prêts à agir. La prochaine étape consiste à aligner les financements internationaux sur les besoins exprimés par les pays afin de renforcer les établissements de santé, soutenir les personnels soignants et protéger les communautés les plus exposées.
Pour Amref Health Africa, investir dans des systèmes de santé résilients au climat n’est plus une option. C’est une condition indispensable pour garantir le droit à la santé des populations africaines face à l’une des plus grandes menaces du XXIe siècle.