Retour du terrain – notre chargé des programmes France, Silvia, explique comment l’AMREF réintègre les enfants des rues du bidonville de Dagoretti

130 enfants sont accueillis chaque jour au centre de réintégration de l’AMREF pour les enfants des rues du bidonville de Dagoretti. Les animateurs du centre réhabilitent les enfants à travers des activités artistiques (vidéo, théâtre, peinture, sculpture, chant, musique avec les Juakali Drummers…), sportives (football, danse,…) et artisanales. Un support psychologique est fourni aux enfants, mais aussi aux familles qui participent activement à la vie du centre.

 

Dans le bidonville de Dagoretti, 130 000 jeunes sont dans la rue. Victimes d’un phénomène aux origines multifactorielles (abandon, violence, maladies), on les appelle « chokora », c’est-à-dire « ceux qui vivent dans les déchets » en Swahili. Ils sont mis à l’écart de la société, oubliés par leurs familles, sans instruction, sans nourriture, ni soins médicaux. Ils passent leurs journées à récolter, recycler, vendre des déchets, mendier et inhaler de la colle pour oublier la faim.

 

Une étude conduite par l’AMREF en 2001, dans le bidonville de Dagoretti, a identifié 34 000 jeunes ayant besoin d’assistance. L’AMREF a donc décidé d’initier un projet basé sur le processus des 3R : Réhabilitation, Resocialisation, Réintégration, et de construire un centre d’accueil. A l’origine, le projet consistait à accueillir les enfants des rues, à les héberger et à les scolariser (avec la collaboration de volontaires locaux). Cette première expérience, bien qu’indispensable, a montré ses limites, car malheureusement beaucoup d’enfants retournaient dans la rue. L’AMREF a donc décidé d’initier la « phase 2 » du projet, et de construire un « village d’enfants ».

 

Ce « village d’enfants » a été imaginé pour établir un véritable lien avec les communautés, qui participent aux activités des enfants, ainsi qu’à leur formation. Cet engagement des communautés est une condition essentielle pour la réhabilitation des enfants sur du long terme.

 

Les travaux ont démarré en décembre 2008, et le centre a été inauguré au mois de mai 2011, grâce aux soutiens des donateurs. Il sera opérationnel à la rentrée 2011.

 

Le village se compose d’un centre de réhabilitation avec des classes de réintégration scolaire, d’une clinique, d’une cantine, d’une bibliothèque, d’une salle de sport, d’un centre artistique et d’un amphithéâtre pour les activités théâtrales. En étroite relation avec leurs communautés, les enfants bénéficient d’un véritable soutien psychosocial.

 

Après une année au centre, les enfants reprendront une vie normale. Ils seront suivis et réintègreront l’école et leur communauté.

 

Pour aller plus loin :

 

La définition récente et opérationnelle des enfants des rues, plus inclusive, les caractérise comme des enfants pour qui la rue est un point de référence et a un rôle central dans leurs vies (Rede le Rio Crianca, 2007). Elle classifie les enfants des rues à travers deux groupes principaux. Le premier regroupe les enfants qui sont engagés dans quelques activités économiques, entre mendicité et petits commerces. Ils rentrent chez eux le soir et contribuent aux revenus de la famille. Parfois ils vont à l'école et conservent des liens familiaux très forts. Le deuxième groupe est constitué d'enfants qui vivent dans la rue (ou à l'extérieur d'un environnement familial normal). Ils vivent seuls ou ont des liens familiaux très faibles (Lemba, 2002).

 

Au Kenya, il existe un troisième groupe très visible : les familles de la rue. Ce sont des familles entières qui vivent dans la rue et dont certains membres y sont nés.

 

Bien que le Children's Act (2001) stipule clairement que chaque enfant a le droit de vivre et d'être choyé par ses parents, des dizaines de millions d'enfants vivent dans les rues à travers le monde. Au Kenya, on estime à 250 000 le nombre d'enfants vivant dans les rues. S’ils demeurent des enfants du point de vue cognitif et psychologique, leurs stratégies d'adaptation sont apparemment plus mûres que leur âge biologique (Kilbride P., Suda C. et Njeru E., 2000). Ces enfants sont dans une période transitoire de leur vie et sont exposés à la malnutrition, aux dommages corporels, à l'utilisation de drogues et aux problèmes de santé incluant des problèmes de santé sexuelle et reproductive. Cette exclusion et cette vulnérabilité, couplées aux défis de l'adolescence mentionnés ci-dessus, compliquent les questions de santé sexuelle et reproductive dans ce groupe.

 

Ces 11 dernières années, l'AMREF a travaillé avec les enfants des rues à Dagoretti. Le projet est basé sur une approche communautaire pour la réhabilitation des enfants, lesquels deviennent des points d'entrée vers ces communautés. Le but principal du projet est de renforcer les structures communautaires pour soutenir et protéger les droits des enfants.

 

Parmi les leçons tirées de ce programme on trouve le rôle critique joué par la famille qui protège ou pousse les enfants dans les rues. La séparation ou la démission des parents est un facteur déterminant. La pauvreté des ménages et la recherche de revenu pour le foyer sont autant de facteurs majeurs.

 

Aussi, l'accès à l'argent facile dans les rues constitue un facteur d'attraction fort pour les enfants. Dès lors que les enfants, vivant avec des difficultés économiques dans leur foyer, obtiennent des revenus faciles, par des activités comme le ramassage de matériaux ou de débris, ils sont facilement attirés par la rue. Beaucoup d'enfants abandonnent progressivement l'école pour se joindre à ces activités : ils ramassent des débris tôt le matin, les vendent à midi et regardent des films jusqu'à tard le soir, dans les magasins de vidéos, avant de retourner chez eux ou dans la rue pour dormir.

 

Les enfants des rues ne sont que la partie visible de l'iceberg car des millions d'enfants souffrent et sont sur le chemin de la rue.

 

Si aucune action urgente n'est initiée pour les protéger, le pays perdra sa ressource la plus précieuse et n'aura aucun avenir à leur proposer.

 

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