Indépendance du Sud-Soudan : un vent d’espoir et de liberté

Le Dr Teguest Guerma, Directrice Générale de l’AMREF s’exprime sur l’indépendance du Sud-Soudan.

 

« Le 9 Juillet 2011, le Sud-Soudan a célébré son indépendance, marquant ainsi la fin d'un long processus de recherche de liberté et d'autonomie semé d’obstacles. L'AMREF a une longue histoire au Sud-Soudan. Quand la guerre civile a éclaté, en 1985, notre organisation a continué à œuvrer pour la santé dans la zone contrôlée par l’Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS), en formant des agents de santé publique. Après la signature de l'Accord de Paix qui a accordé la semi-autonomie du Sud-Soudan en 2005, l'AMREF, à la demande du gouvernement, a étendu ses programmes pour former des sages-femmes communautaires, des infirmières et des agents de santé communautaires.

 

Notre organisation se réjouit que le Sud-Soudan devienne enfin indépendant. C’est une nouvelle histoire qui s’écrit pour une jeune nation africaine qui va devoir faire face à des défis colossaux en matière de santé. L'AMREF croit en la capacité de la République du Sud-Soudan à améliorer la santé de son peuple, mais nous savons également qu'il devra faire face à de nombreuses priorités. L’une d’entre elles sera l'amélioration de la santé de sa population, composante clé pour le développement du pays.

 

L'AMREF concentre son travail sur la santé maternelle avec des programmes dédiés au VIH/Sida, au paludisme, à la tuberculose, à l'accès à l'eau et à l'assainissement et en fournissant des diagnostics cliniques et des soins chirurgicaux. Pour s'assurer d'une amélioration de la santé de sa population, sur le long terme, le Sud-Soudan doit développer un système de santé fournissant des soins à tous ses citoyens. Ce système de santé doit être basé sur les communautés et répondre à leurs besoins. Les investissements doivent donc être dirigés vers la formation et le déploiement d’agents de santé publique, le développement d’infrastructures de santé et la mise en place d'un système de gestion de la santé des communautés.

 

La formation de professionnels de santé qualifié est de loin selon nous, la priorité du futur système de santé sud-soudanais. Depuis 1998, l'AMREF a formé 307 assistants médicaux à l'Institut de Formation Médical de Maridi, ce qui représente environ 70% des professionnels de santé travaillant dans le pays. L'AMREF enseigne à ces assistants 70% du travail des médecins, qu'il soit préventif ou curatif. Les trois ans d'enseignement préparent les étudiants à développer leur esprit critique, un raisonnement scientifique et des compétences relationnelles ainsi que différentes interventions, notamment celles liées à l’accouchement. L'Institut aspire à doter le pays en professionnels de santé formés pour faire face aux besoins en santé.

 

Le développement des infrastructures de santé constitue également une priorité. Si la communauté internationale souhaite participer à ce développement, nous recommandons vivement que ce soit réalisé en collaboration avec toutes les parties prenantes du secteur.

 

Le Sud-Soudan, fort de l'expérience et des erreurs passées d’autres nations, doit mettre en place les bases d’un développement durable pour le pays. Il doit éviter les écueils de la corruption qui a ralenti la croissance et le développement de beaucoup d'économies prometteuses. Aussi, il doit éviter des solutions importées, incompatibles avec son contexte local.

 

L'AMREF, avec son expérience de 50 ans en Afrique, est bien placée pour appuyer et conseiller les politiques de développement et d'amélioration des systèmes de santé. Nous connaissons les projets qui fonctionnent et pouvons appliquer nos connaissances au Sud-Soudan. Nous croyons particulièrement en la faculté des communautés à améliorer leur santé, avec le soutien approprié. En tant que partenaire de longue date, l'AMREF tient à soutenir le Sud-Soudan pour améliorer la santé de tous ».

 

Dr Teguest GUERMA

Directrice Générale de l'AMREF

 

Pour aller plus loin :

 

Faits et chiffres sur la santé au Sud-Soudan

 

  • L'indépendance du Sud-Soudan a couté très cher : 2.5 millions de vies, de déplacés et la migration de 4 millions de personnes au cours des deux décennies de guerre civile.
  • Les ressources humaines ont été également fortement affectées: environ 63% de la main d'œuvre a migré, 52% à l'Ouest et 11% dans la région.
  • Le Sud-Soudan ne compte que 27% d’agents de santé nécessaires pour fournir un service de santé adéquat à sa population et beaucoup d'entre eux souffrent de lacunes en termes de connaissances et de compétences médicales.
  • Seules 10% des femmes ont accès aux soins prénataux et seulement 17% des enfants naissent en bonne santé.
  • Le taux de mortalité maternelle est le plus élevé au monde (environ 1 pour 50 naissances vivantes) et la mortalité infantile représente 135 décès pour 1 000 naissances vivantes.

 

Ce n’est pas une fatalité, nous pouvons agir !

 

L’AMREF en France s’est engagée à financer et à intégrer une nouvelle promotion de 30 étudiantes sages-femmes sud-soudanaises à l’Institut National de Formation Médicale de Maridi a Sud-Soudan à la prochaine rentrée d’octobre. Avec seulement 6000 euros, nous pouvons offrir une formation complète à une sage-femme.

 

Pendant 18 mois, les étudiantes sages-femmes sont prises en charge intégralement et suivent des cours théoriques et pratiques à l’école de Maridi, dans les centres de santé et les villages limitrophes. Une fois diplômées, ces sages-femmes exercent dans leurs communautés et viennent chacune en aide à près de 1000 femmes chaque année. Elles les conseillent sur leurs droits, préviennent la transmission du VIH de la mère à l’enfant et permettent aux mamans de vivre leur grossesse et leur accouchement en toute sérénité.

 

Actuellement, grâce au soutien de l’UNFPA, de la Fondation Elle, de la Fondation Raja, de Gas Bijoux et des donateurs de la soirée AfriCAN 2010, 34 étudiantes sages-femmes suivent cette formation depuis mars 2011.

 

Nous avons besoin de vous pour augmenter le nombre de sages-femmes et éviter le décès de milliers de mamans et d’enfants au Sud-Soudan.

 

Aidez-vous à intégrer 30 nouvelles étudiantes sages-femmes en octobre !

Faites un don !


Faits et chiffres sur l'AMREF au Sud-Soudan

 

  • La présence de l'AMREF au Sud-Soudan date du début des années 1970, juste après la fin de la première guerre civile (1955 – 1972).
  • L'AMREF, entre 1974 et 1990, a joué un rôle clé dans le développement de services médicaux de base et dans l'établissement d'une base de sécurité sociale.
  • L'AMREF a participé au développement du premier guide de santé, appelé « le Livre Vert », qui définit les priorités et la stratégie de développement de santé pour le Sud-Soudan.
  • Pendant la guerre civile de 1985, l'AMREF est restée et a travaillé sous l’égide du Secrétariat de Santé, rebaptisé plus tard Ministère de la Santé du gouvernement du Sud-Soudan, dans le but d'aider les communautés vulnérables déchirées par la guerre.
  • Depuis 1998, l'AMREF soutient l'Institut de Formation Médical de Maridi, qui forme des professionnels de santé, des sages-femmes communautaires, des agents de santé et des enseignants en médecine. En 2010, l'Institut a décerné 307 diplômes de professionnels de santé, soit 70% du personnel de santé au Sud-Soudan, ainsi que 56 diplômes de sages-femmes communautaires.
  • Actuellement il y a 203 étudiants à l'Institut de Formation Médical de Maridi.
  • L'AMREF jouera un rôle significatif dans l'objectif du Sud-Soudan de former au moins 400 professionnels de santé, 880 infirmières, 1 300 sages-femmes et 280 agents de santé communautaires dans les cinq ans à venir.
  • L'AMREF a mis en place plusieurs projets de développement de santé communautaire au Sud-Soudan, incluant directement près d'un demi-million de bénéficiaires : un programme de santé maternelle et infantile ainsi qu'un service de santé de base dans le Comté de Terekeka – un programme de service de santé basique et un projet d'assainissement dans le Comté de Juba – un programme d'immunisation contre la poliomyélite dans le Comté de Morobo.